Comme nous l’avons vu dans un précédent article, l’histoire du rock n’est pas gravée dans le marbre. Le genre s’est infiltré partout et nul part à la fois, a muté comme bon lui semble, au gré des expérimentations sonores de l’époque. Elvis n’a rien inventé. On faisait du hard rock avant Led Zep’. Nirvana n’a pas sorti de bouquin Le grunge pour les Nuls. 

Aussi riche et dense soit-elle, cette histoire du rock comporte certains morceaux charnières et caractéristiques de l’évolution du genre. J’ai donc tenté de dresser une liste chronologique de ces morceaux, dans le but de retranscrire au mieux le processus évolutif du rock et de ses sous-genres associés. Cette liste, forcément subjective et non exhaustive, exclue volontairement les mastodontes (Rolling Stones, Bowie, Pink Floyd, etc) et les morceaux emblématiques du genre pour s’intéresser davantage aux groupes précurseurs et aux premières expérimentations. Arguments à l’appui ci-dessous.

– Rocket 88 – Bill Haley and The Saddlemen (1951)

La première trace de rock’n’roll si on se réfère à la définition des historiens comme étant la fusion de la country blanche et du rythm’n’blues noir.

– That’s All Right Mama – Elvis Presley (1954)

Le versant plus « sauvage » du rock’n’roll. Le morceau est réduit à son plus simple appareil : une contre-basse, une guitare électrique et le sexyness du « Pelvis ». Pour beaucoup, c’est l’acte fondateur du rockabilly et de tout ce qui va suivre (Chuck Berry, Little Richard, Buddy Holly, etc).

– Surfin’ – The Beach Boys (1961)

Entre rock’n’roll et doo wop, les Beach Boys tracent la route de la surf music avec ce premier morceau qui sent bon l’insouciance, le soleil et la Californie ...

– Love Me Do – The Beatles (1962)

Une réponse anglaise et plus pop aux Beach Boys. C’est la première chanson publiée par le Fab Four, deux ans avant la British Invasion et la Beatlemania qui secoueront l’Amérique puis le monde entier. Les Beatles ouvriront la porte du marché américain aux Rolling Stones, aux Who, aux Animals, etc.

– Mr Tambourine Man – The Birds (1965)

Les Birds électrisent le folk avec ce morceau écrit initialement par Bob Dylan qui enregistrera sa propre version en 1965. Invité par le groupe en studio pour écouter leur version du morceau, Dylan s’exclamera : « Woah, mec ! On peut danser là-dessus ! »

– Psychedelic Moon – The Deep (1966)

Le morceau est extrait de Psychedelic Moods, premier album de l’histoire de la musique à utiliser le terme « psychédélique » dans un titre. Dans ce morceau plus particulièrement, on entend tous les ingrédients du rock psychédélique popularisé plus tard par Grateful Dead, Jefferson Airplane et toute la clique : effets sonores distordus, mélodies répétitives, construction rythmique complexe et hypnotique, tout y est.

– Kick Out The Jam – MC5 (1968)

« Kick Out The Jams mutherfuckeeeers ! » s’ouvre le morceau le plus dangereux des années 60, sorte de punk-rock bien avant l’heure qui ouvrira les portes aux Stooges, l’autre groupe de Détroit.

– 21st Century Schizoid Man –King Crimson (1969)

L’un des monuments du rock progressif. L’album qui en est extrait, In the Court of the Crimson King est généralement considéré comme la pièce fondatrice du genre, repoussant les limites du rock en puisant dans le jazz et la musique classique. Pete Townshend des Who en 1969 parlera d’un « chef d’oeuvre de l’étrange ».

– Black Sabbath – Black Sabbath (1970)

Son lourd, tempo lent, atmosphère oppressante, paroles lugubres, Black Sabbath qui ouvre l’album du même nom pose la première pierre du heavy metal.

– Ride a White Swan – T-Rex (1970)

Avec ce single aux accents pop portée par la voix androgyne de Marc Bolan, le groupe T-Rex ouvre la voie du glam rock.

– Blitzkrieg Bop – The Ramones (1976)

Premier single du groupe new-yorkais, 2’12 » d’un punk-rock en forme de guerre éclair (« Blitzkrieg »). Le rock dans sa forme rudimentaire, débarrassé de tout flan-flan. De l’autre côté de l’Atlantique, les Sex-Pistols attendent leur tour…

– Hong Kong Garden – Souxsie and The Banshees (1978)

Une influence majeure de la période post-punk pour des tas de groupes comme Joy Division, The Cure ou encore The Smith.

– Africa – Toto (1982)

Vous vous y attendiez pas à celle là hein ? C’est pourtant une des pièces maitresses du rock FM, apparu aux débuts des années 80 avec des groupes comme Toto ou Van Halen. Un rock très policé, blindé de synthétiseur et faisant la part belle aux power ballads pour minettes. Bon Jovi s’en souviendra.

– The One I Love – R.E.M (1983)

Un des premiers groupe de rock alternatif. REM signe son premier succès avec ce single mêlant diverses influences. Ils influenceront bon nombre de groupes des années 90 dont Jeff Buckley et Radiohead.

– Smallow My Pride – Green River (1986)

Les prémices du grunge, sale dans le son et pessimiste dans les thèmes qu’il aborde. Green River est un des premiers groupes à signer pour le label de Seattle Sub Pop qui fera les beaux jours du grunge.

– You Made Me Realise– My Bloody Valentine (1988)

Avec ce premier EP, My Bloody Valentine pose les bases du shoegazing, ce courant où les musiciens sont plus intéressés par leurs pédales d’effets que par ce qu’il se passe autour d’eux.

– Uh Huh, Oh Yeh – Paul Weller (1991)

Paul Weller est unanimement considéré comme le fondateur et l’initiateur du mouvement Britpop. Dans son premier EP, il réunit tous les ingrédients qui ont fait le succès du genre, à savoir le meilleur du rock anglais des années 60 et 70.

– Safe From Harm– Massive Attack (1991)

La pierre angulaire du courant trip-hop né à Bristol, fusion de la musique électronique, du hip-hop et du jazz.

– Jimmy The Exploder  – The White Stripes (1999)

Le duo formé par Jack White et Meg White prône un retour à la simplicité après une décennie d’expérimentation. Garage rock, blues, sonorités lo-fi, les White Stripes font dans le brut et l’efficace.

– Hard To Explain – The Strokes (2001)

Un des groupes phares du revival garage rock et post-punk du début des années 2000. Acclamés dans le monde entier, on leur accolera l’étiquette un peu lourde de « sauveurs du rock’n’roll ».

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