Chez Pan D, la menace est toujours latente, tapis dans l’ombre majestueuse de paysages aussi idylliques que bouleversés. La formation caennaise tente depuis 2012 d’apprivoiser cette violence sourde à grand renfort de guitares fuzzy et d’envolées chamaniques, empruntées aussi bien à PJ Harvey qu’aux fougueux Queen Of The Stone Age.

Après plusieurs EP et un second album Scories enregistré en 2017 à Bristol avec l’aide de Jim Barr (Get the blessing, Portishead), Pan D sort l’excellent et abrasif Where, Behind The Landscape, is Disaster Lurking. Pour l’occasion, j’ai échangé quelques mots avec Adrien, guitariste du groupe.

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Salut Adrien, comment décrirais-tu votre musique à quelqu’un qui ne la connait pas ?

Adrien : Je dirais à ce quelqu’un de prendre le temps d’écouter notre musique pour nous en parler, s’il a quelque chose à en dire. Je peux juste te dire qu’elle laisse transparaître une certaine mélancolie et que oui, ce n’est pas du rock festif ou du funk.

Quelle est l’origine de votre nom ?

Pan D était le nom donné à une demo avant la formation du groupe tel qu’il est. Pour ce qui est de la signification de l’acronyme, il faut se référer au GEIPAN !

[ndlr : Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés]

Votre musique est fortement imprégnée de sonorités 90’s (PJ Harvey, Sonic Youth, …). A quel point cette période vous a influencé musicalement et dans la vie ?

C’est une période forte pour quelques uns d’entre nous parce qu’elle est contemporaine de notre apprentissage de la musique. Et Nirvana m’a personnellement pris aux tripes et m’a permis de découvrir tout un tas de groupes… Le côté brut et écorché de cette musique, punk dans l’attitude… Ce truc qui t’aide à t’affirmer dans la vie de tous les jours. Des artistes et des albums qui me restent toujours en tête même si je les écoute moins qu’à une époque. Mais c’est comme des amis à qui je reste fidèle. Ils m’ont fait comprendre que l’art n’était pas qu’intellectuel et réservé à une élite.

Vos trois albums sont assez courts, pourquoi ce choix ? 

 Parce que la vie est courte…

Où et quand vous avez enregistré Where, Behind The Landscape, is Disaster Lurking, votre troisième album ?

 Après avoir enregistré dans un studio pro notre avant dernier album, on voulait retrouver notre studio maison. Pour des raisons de budget, de timing (emplois de temps de taf et famille de chacun) mais aussi pour s’amuser à huis clos entre potes. C’est plaisant, même si compliqué avec les limites techniques et matérielles, de savoir qu’avec peu de moyen tu peux faire des choses !

De quoi parle l’album exactement ?

Chaque morceau a son histoire. ça reflète nos états d’âme. Des moments de vie sur lesquels tu t’arrêtes et tu en fais une photo accompagnée d’une musique.

Ether, Box, Black Oil, … C’est une liste de course un peu glauque non ? Sommes-nous en droit de nous inquiéter sur vos intentions ?

 Sombre peut être mais pas glauque non. C’est plutôt le monde moderne qui est inquiétant.

Qu’est-ce qui t’inquiète le plus justement ?

Peut être de devenir insensible et endormi, comme contaminé. C’est certainement ce qui me fait me raccrocher à la musique. C’est ce qui me stimule. En quelque que sorte je pense que toute forme de création permet de te protéger d’un système qui a tendance à t’éteindre le cerveau.

Je trouve l’ambiance plus lourde/sombre que sur votre album précédent « Scories » enregistré à Bristol, c’est délibéré ou totalement inconscient ?

Je pense que cette album n’est pas plus sombre que Scories. Il me semble plus éclectique que le précédent. Des partis pris plus francs pour chaque morceau.

Comment avez-vous travaillé sur cet album  ? 

Généralement, je maquette dans notre cave les démos des futurs morceaux. Avec Sophie [ndlr : chanteuse du groupe], on s’amuse à tourner autour d’une mélodie en guitare/voix.

On fait ensuite écouter au potes. On en parle et réenregistre de façon plus « sérieuse » dans notre studio. Les retours par rapport à l’écoute des démos et la façon de jouer de chacun permet aux morceaux de prendre leur forme définitive. Mais il n’y a pas de règles établies et j’espère enregistrer et composer de manière totalement différente sur les prochains titres.

Quelle est la suite pour le groupe  ? 

On a déjà pu défendre notre nouvel album avec quelques dates dans la région Normandie grâce à notre label le TFT, la prochaine étant le 21 novembre au Cargö à Caen. On est en train de caler quelques dates pour 2019 et on devrait réenregistrer quelques morceaux dans les mois à venir.

Pour finir, les 5 groupes que tu écoutes en boucle en ce moment ?

Hashcüt, Mantra Mond, Fred Atome, Machefer et The Eye Of Time.

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Page Facebook du groupe

Where, Behind The Landscape, Is Disaster Lurking ? de Pan D est sorti le 10 octobre 2018.

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