Sensation des dernières Transmusicales de Rennes, le quintet mixte (trois femmes, deux hommes) originaire de Brooklyn entame prochainement une tournée en France. Leur post-punk dansant à la LCD Soundsystem donne des fourmis aux jambes et fait grincer des dents, à l’image de leurs textes remplis d’ironie sur notre belle société de consommation. Pour décrypter le phénomène, j’ai échangé quelques mots avec le fondateur, guitariste et chanteur du groupe BODEGA, Ben Hozie.


Salut Ben, ça vous fait quoi de jouer en France ? Vous connaissez un peu le pays ?

Ben : J’ai passé un super été à Paris il y a quelques années mais je connais surtout la France à travers son cinéma. La plupart des héros du 7ème art sont français – Godard, Bresson, Tati, Renoir, Rohmer, Leos Carax, etc. Et crois-le ou non, mes morceaux sont plus influencés par Godard que par n’importe quel songwriter*. Pour cette raison, j’ai ce fantasme que le public français entretient un lien fort avec l’état d’esprit du groupe.

*le nom du groupe, BODEGA, fait spécifiquement allusion à un film de Hitchcock, Les Oiseaux, qui se déroule dans la ville de Bodega Bay.

Vous avez fait un passage remarqué aux Transmusicales de Rennes : il y avait une belle énergie et on sentait que vous vous amusiez sur scène. Qui vous inspire en tant que performeurs ? Peux-tu nous parler de l’ambiance à vos concerts ?

L’ambiance n’est jamais la même, ça dépend vraiment de la salle. La performance – comme le jeu d’acteur – implique beaucoup d’écoute et de réaction. Nos concerts oscillent entre spontanéité totale et théâtralité contrôlée, ce qui n’est pas forcément contradictoire. J’aime voir des performeurs qui prennent en compte le public, pas de façon autoritaire (du genre « Tapez dans vos mains ! » ou « Chantez avec nous ! ») mais qui réussissent à capter la vérité du moment.

« La meilleure critique est l’auto-critique »

Comment décrirais-tu votre musique à quelqu’un qui ne la connaît pas ?

Le contexte est une part essentielle de l’expérience esthétique de BODEGA mais je pourrais nous décrire en très peu de mots : « Nous somme groupe de rock formé en 2016 à Brooklyn, New-York. Notre mantra est : la meilleure critique est l’auto-critique. »

D’après toi, qu’est-ce qui retient l’attention des gens lorsqu’ils vous écoutent ?

On n’y va pas par quatre chemins. Toutes nos chansons sont sculptées pour produire plusieurs épiphanies à la minute.

Vous venez de Brooklyn, y’a t-il un son/style spécifique à ce quartier ? Si oui, penses-tu que BODEGA est représentatif de ce son ?

Oui, je pense que nous avons un son typiquement New-Yorkais : on est concis et caféinés à longueur de journée, comme certains des héros du passé de cette ville comme le Velvet Underground. Cela dit, il y a tellement de groupes à Brooklyn que je ne crois pas qu’il y ait un son en particulier qui se dégage. New-York est basé sur le melting pot. Nous représentons seulement un aspect de cette ville… Même au sein du groupe, c’est assez disparate !

« La collaboration artistique est presque toujours érotique »

J’entends pas mal de Parquet Courts dans BODEGA. Quelles sont vos autres influences ?

Parquet Courts est un des mes groupes favoris; Austin Brown [guitariste dePC] a notamment enregistré notre premier album. Un des morceaux d’Endless Scroll, I’m not a cinephile, a été écrit dans le style de Parquet Courts. Ou plutôt dans le style de Parquet Courts faisant du Wire. Pour notre premier album, nous étions constamment à la recherche de la petite phrase bien sentie et d’un certain groove basé sur le minimalisme : des groupes comme Pylon, the Fall et The Minutemen nous sont naturellement venus à l’esprit.

Peux-tu nous parler du processus d’écriture dans votre musique ?

Nikki et moi travaillons d’abord sur la mélodie et les paroles sur une rythmique brute, à la guitare acoustique. Puis les idées sont apportées par le groupe et le tout se mue en quelque chose de plus…BODEGA-esque. Madison [guitariste] est particulièrement impliqué dans cette phase d’arrangement/ornementation/édition. Il se met souvent dans la peau du producteur pour nos morceaux.

Une question de la plus haute importance à présent. C’est à propos de « Jack In Titanic », l’un de mes morceaux préférés : penses-tu que Rose aurait pu sauver Jack de la noyade  ?

Non, parce que ce n’était pas dans le script. Si on suit les règles du mélodrame, Jack devait mourir. Autrement, on n’aurait pas cru un seul instant à leur histoire. Hitchcock avait le génie d’érotiser le couple pendant les scènes de suspense ou d’angoisse. C’est pourquoi la collaboration artistique est presque toujours érotique.

Comment réagissez vous face au succès de votre premier album, Endless Scroll ?

C’est merveilleux de voir notre bébé s’épanouir avec une volonté et une personnalité qui lui est propre. Les morceaux sont vraiment cool à reproduire en live et je suis ravi de les jouer devant un public.

Epilogue

Comment tu vois le futur de BODEGA ?

Imprévisible. Nous avons déjà enregistré du nouveau matériel qui sortira bientôt j’espère. Pour le moment, nous essayons de prendre le plus de plaisir possible avec le groupe.

Peux-tu nous donner une liste de tes 5 artistes favoris de tous les temps ?

Beethoven, Shakespeare, Hitchcock, Joyce, Picasso.
Pour le rock and roll : Velvet Underground, Grateful Dead, the Beatles, the Fall, Sonic Youth.

Quels groupes récents tu écoutes sinon ?

Tous les groupes intéressants qui jouent en ce moment à New-York : The Wants, Juan Wauters, Shilpa Ray, Parlor Walls, Palberta, Pill, Guerrilla Toss, Gustaf, Public Practice, Milk Dick, Veda Rays, Big Bliss, Operator Music Band, Future Punx, and Video Daughters.


BODEGA en tournée dans (presque) toute la France :

BESANÇON // 8 février (L’Entonnoir, festival Generiq)
BELFORT // 9 février (La Poudrière, festival Generiq)
DIJON // 10 février (Consortium, festival Generiq)
SAINT-MALO // 22 février (La Nouvelle Vague, festival La Route du Rock hiver)
PARIS // 23 février (Point Ephémère)
NANTES // 2 avril (Stereolux)
BORDEAUX // 3 avril (Rock School Barbey)
TOULOUSE // 9 avril (Le Rex)
POITIERS // 10 avril (Le Confort Moderne)
CAEN // 11 avril (Le Cargo)
ORLEANS // 12 avril (L’Astrolabe)
LILLE // 13 avril (Aeronef)
– GUERET // 24 août (Aérodrome, festival Check In Party)

bodega band
© Mert Gafuroglu

VO (english version) :

Hi Ben, How does it feel to play here in France ? Did you know a little about our country ?

Ben : I spent one exciting summer in Paris a few years back but I mostly know France through its cinema. Many of the cinema’s bravest heroes are French – Godard, Bresson, Tati, Renoir, Rohmer, Leos Carax, etc. Believe it or not – my songs have been more influenced by Godard than any particular songwriter. For this reason – I have this fantasy that French audiences have a strong connection to our band’s state of mind.

I caught your recent set in Rennes at Transmusicales and you guys all had such a fun and energetic stage presence. Who inspires you as a performer? Also, Can you describe the vibe at your live shows?

The vibe is always different – we respond to the room. Performance – like acting – involves a lot of listening and reacting. Our shows tend to oscillate between the two (not quite contradictory) pillars of total spontaneity and controlled theatricality. I love seeing performers who acknowledge the audience – not in a ‘rock fascist’ way (ie. ‘Clap in this part’ or ‘sing along in the chorus’) but in a way that acknowledges the truth of the moment.

« The best critique is self critique. »

How would you describe your music to someone who has not heard about you yet?

Context is a huge part of the aesthetic experience but you have to set it up right w/ only the right amount bit of information —-> how about….. ‘We are an art rock unit from Brooklyn, NYC that was formed in 2016. Our mantra is ‘the best critique is self critique.’’

What is it about your sound you think that’s got people’s attention?

We get to the point pretty fast. All of our songs are sculpted to yield multiple epiphanies per minute.

You come from Brooklyn, is there a specific sound / style specific to this borough ? If so, do you feel like representing this Brooklyn’s sound ?

I think we have a NYC sound – we are caffeinated and concise (and certainly riff on NYC heroes of the past – Velvets, etc.). That said – there are so many bands in Brooklyn (thousands upon thousands) that I don’t think you could accurately say there is one Brooklyn sound or vibe. The point of NYC is that it is a melting pot. We represent one particular flavor (and BODEGA is full of contradictions/multitudes as well).

« Artistic collaboration is almost always erotic »

I hear a lot of Parquet Courts in BODEGA. What about others influences ?

Parquet Courts are one of my favorite bands (Austin Brown from PC also recorded our first album) – one of the songs on ENDLESS SCROLL (‘I am not a cinephile’) was written in the style of Parquet Courts (or rather in the style of Parquet Courts doing Wire). For our first record we were chasing after run-on-sentence passion pushed against a certain kind of groove-based minimalism : groups that we talked about were Pylon, the Fall, and the Minutemen.

Could you walk us through your process of writing music ?

First either me or Nikki will start with just melody+words and a very crude rhythm track —> I often start with an acoustic guitar. Then these ideas are brought to the band and shaped into something more BODEGA-esque. Madison in particular is heavily involved in this phase of arranging/sculpting/editing. He functions sometimes as a ‘producer’ of me and Nikki’s songs.

This is an important issue about « Jack In Titanic », one on my personal favorites : do you think Rose could save Jack on the floating door like they say ?

No – because that wasn’t in the script. The rules of melodrama dictated that Jack would have to die. Otherwise their fantasy would have been revealed as false. Hitchcock had the genius insight that coupling is its most erotic during the pressure and anxiety of the ‘chase’ or ‘mission’ – this is why artistic collaboration is almost always erotic.

Epilogue

How do you feel about the massive success of the Endless Scroll album ?

It’s wonderful to see our child out there doing it’s own thing with a will and personality all of its own. The songs are very fun to play live so I’m over-the-moon that we’ll get to keep playing them for people.

How do you see the future of BODEGA ?

Unpredictable – we have already recorded new material that will hopefully be released soon. At this point – BODEGA is playing us as much as we are playing it.

Can you give us a list of your TOP 5 artists ever ?

Beethoven, Shakespeare, Hitchcock, Joyce, Picasso.
For rock and roll : Velvet Underground, Grateful Dead, the Beatles, the Fall, Sonic Youth.

… and which other contemporary bands are you listening to ?

All exciting bands playing in NYC now : The Wants, Juan Wauters, Shilpa Ray, Parlor Walls, Palberta, Pill, Guerrilla Toss, Gustaf, Public Practice, Milk Dick, Veda Rays, Big Bliss, Operator Music Band, Future Punx, and Video Daughters.

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