À l’heure où Woodstock prépare en grande pompe son cinquantième anniversaire (organisé par Live Fucking Nation ), coup de projecteur sur un festival tout aussi mythique. : le Summer Jam de 1973.

summer jam 73

Moins connu que son aîné de 1969, le Summer Jam détient pourtant un record absolu. Imagine : la petite bourgade paisible de Watkins Glen, 2500 habitants à tout casser, envahie par une horde de… 600.000 hippies. Soit une hausse de la population de 25 000 % sur une seule journée !

A la base : un bon vieux bœuf des familles

En réalité, le festival a lieu un peu à l’écart du village, sur un circuit automobile connu pour avoir accueilli le Grand Prix des Etats- Unis dans les années 60. Pas vraiment conçu pour accueillir 600.000 freaks, épris de liberté et assoiffés de musique pop.

Summer jam Watkins Glen

L’idée du festival a germé dans la tête de deux promoteurs de concerts, Jim Koplik et Shelly Finkel. Lors d’un concert des Grateful Dead en 1972 dans le Connecticut, un jam est organisé avec des membres du groupe The Allman Brothers. Les deux promoteurs, excités à l’idée de reproduire ce boeuf quatre étoiles sur une énorme scène, décidèrent d’inviter les deux groupes à ce qui allait devenir le Summer Jam l’année d’après.

Le plus gros embouteillage de l’histoire

The Band, connu pour avoir accompagné Bob Dylan de 1965 à 1974, rejoint la programmation. Les organisateurs mettent en vente 150 000 tickets. Prix à l’unité : 10$, parking et camping inclus. Décidément une autre époque…

Mais à l’instar de Woodstock, le festival se laisse très vite dépassé par les évènements. La veille du concert, des milliers de personnes ont déjà pris d’assaut le circuit automobile. Ils assistent, médusés, aux balances des trois groupes, tout aussi étonnés de voir cette foule massée devant la scène à J-1. Le soundcheck des Grateful Dead se transforme en véritable concert, le groupe délivrant un set d’une demi-heure (dont 18 mins d’impros) pour le plus grand plaisir des spectateurs. Une performance mythique reprise dans leur compilation So Many Roads (1965-1995) sortie en 1999.

28 juillet, Jour J. 600 000 kids envahissent Watkins Glen, créant le plus gros embouteillage que les Etats-Unis aient connu. La plupart finissent à pied, préférant abandonner leur voiture sur place que rater l’événement de l’année. Devant cet afflux gigantesque, les organisateurs n’ont plus vraiment le choix : le festival sera gratuit !

summer jam 73

Woodstock II

Sur scène, les Grateful Dead ouvrent le bal et délivrent un set survolté de 4h. C’est ensuite au tour de The Band de jouer près de deux heures, en featuring avec la pluie et l’orage qui se sont invités à la fête. Comme à Woodstock, on assiste aux traditionnels bains de boue et autres danses chamaniques sous la flotte. Comme à Woodstock, les drogues circulent en masse et le sexe libre est une norme pour tout jeune des seventies normalement constitué.

Les Allman Brothers succèdent à The Band pour un set de 3h. Ils sont ensuite rejoints par les membres des deux autres groupes pour un jam final incluant Johnny Be Goode de Chuck Berry. Le Summer Jam se terminera vers 3h du mat’ devant un public clairsemé : ceux qui ne pouvaient pas voir la scène ou entendre la musique ont tracé la route depuis longtemps.

summer jam
Le Jour d’après.

Pas de violences, c’est les vacances (à part si t’es parachutiste)

Pour un concert qui a vu son audience quadrupler du jour au lendemain, cela s’est étonnamment bien passé. Aucunes violences n’est à déplorer mais un renfort médical n’aurait pas été de trop. En cause : les cas d’overdoses liées à la prise de différentes drogues, notamment les Quaaludes, sédatif très prisé à l’époque.

Seules ombres au tableau : la mort accidentelle d’un parachutiste de 35 ans, Willard « Smitty » Smith Jr. Le pauvre gars a sauté de l’avion en allumant une fumée éclairante qui a mis le feu à sa combinaison puis à son parachute. Son corps calciné a été retrouvé dans les bois, non loin du circuit. A noter également la disparition de deux adolescents qui souhaitaient rejoindre le concert en auto-stop.

**

Pour la majorité de fans de musique rock, le Summer Jam n’est pas resté dans les mémoires. A la différence des légendaires Woodstock, Monterey (1966) ou du tristement célèbre Altamont (1969), nous n’avons que très peu de traces audios et vidéos de cette seule et unique journée. Reste les témoignages des spectateurs et des musiciens de  l’époque. Rick Danto de The Band a parlé avec affection de cet évènement : « Woodstock, l’île de Wight et Watkins Glen – c’était les trois grands pour nous. »

Partager cet article :
  • 5
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
    5
    Partages
Fermer le menu