Notre projet : vendre de la musique Noire.

En 1951, le disc-jockey Alan Reed reprend à son compte une expression argotique bien connue de la communauté afro-américaine : « rock’n’roll » littéralement « danser » et/ou « baiser ». Son émission, Moondog’s Rock And Roll Partycontribuera à la diffusion du rhythm and blues Noir dans les années 1950 aux États-Unis auprès d’un nouvel auditoire constitué de jeunes Blancs issus du baby-boom d’après-guerre.

Ces mêmes blanc-becs qui reprendront à leur tour les codes et les poses lascives du rhythm and blues (avec un soupçon de country faut pas déconner) et démocratiseront définitivement la « musique du diable » auprès d’un plus large public. Parce que du RNB chanté par des toubab ça passe mieux, m’voyez.

Pour autant, pas question de  mettre sur le même plan cette musique blanche et celle dite « raciale ».  L’étiquette « rock ‘n’ roll » sera alors utilisée pour distinguer le rhythm and blues des Afro-Américains de celui des Blancs et ce, uniquement pour des raisons liées à la politique raciale de l’époque.

Le rock’n’roll serait donc un terme purement marketing inventé par les Blancs pour diffuser en masse LEUR rhythm and blues. Vendre de la musique Noire chantée par un Blanc, c’est l’ambition du jeune Sam Philipps, producteur historique de Sun Records :  « Si je pouvais trouver un Blanc qui ait un son et un feeling noirs, je deviendrais milliardaire.» BINGO Sammy !

« Avant Elvis, il n’y avait rien » – John Lennon (1965)

Cependant, il serait trop facile de réduire la naissance du rock’n’roll  à un événement isolé. Si l’on considère ce courant comme un processus évolutif (une musique métissée prenant racine dans le blues, le rhythm and blues et la country), aucun enregistrement ne peut être identifié comme « le premier ». L’histoire du rock’n’roll dépasse de loin toute prétention de ce type.

N’en déplaise à notre Beatle à binocle. Boogie-woogie, blues, gospel, rhythm and blues, avant Elvis, il y a eu tout ce qui a contribué à la naissance du rock’n’roll.  Pour s’en convaincre, il suffit de se pencher sur les enregistrements ultérieurs à celui de That’s All Right Mama du King enregistré en 1954. Tout y est.

Mais du point de vue de l’époque, tous ces « ersatz » de rock’n’roll restent cantonnés au rhythm and blues car chantés par un Noir. Un homme va changer la donne.

La comète Haley

En 1951, Bill Haley, DJ et musicien itinérant au sein de plusieurs formations country, enregistre avec son groupe The SaddleMen le premier rock afro-américain chanté par un Blanc. Il s’agit d’une reprise de Rocket 88 de Jackie Brenston & His Delta Cats enregistrée quelques mois auparavant.

On retrouve dans ce cover tous les ingrédients qui feront le succès du rockabilly : la ligne de piano boogie-woogie, le lapsteel country et le slap de contre-basse. Et tout ça en 1951, soit 3 ans avant  le premier enregistrement d’Elvis ! Certes, on est loin de l’agressivité d’un Hound Dog ou d’un Tutti Frutti mais la première pierre est posée.

Deux ans plus tard, les Saddlemen, rebaptisés entre temps Bill Haley & his Cometsenregistrent leur chanson Crazy Man, Crazy qui deviendra le premier titre de rock ‘n’ roll blanc à atteindre les « charts » américains. La machine est lancée.

Le That’s All Right Mama d’Elvis sort en juillet 1954 mais il faudra attendre 1955 pour que tout explose avec le film Graine de Violence (The Blackboard Jungle). La bande-originale signée Bill Haley & His Comets (encore eux ! ) sera le point de départ d’une révolution musicale sans précédent dont Elvis et sa belle gueule seront l’étendard.

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